» 03.- Historique par M. Robert Tinthoin

LES TREMBLES

« Qu ‘il était beau notre village ! » (air connu) *

« Notre » village s’élève à 491 mètres d’altitude, entre les centres de Oued Imbert et Prudon, à 15 kilomètres de la capitale régionale ,de Sidi-Bel-Abbès.

Le territoire communal, relativement étendu sur 13 261 hectares englobe, au centre du village et au nord-ouest les fermes des Trembles, à l’ouest le hameau de Zélifa, les douars d’Oued Mebtouh M’hamid et Sidi Ghalem

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Ce terroir est arrosé par l’artère maîtresse de la Mékerra et son affluent de rive gauche l’oued Sarno. Ce dernier descend du massif sud oriental du Tessala, en berbère « massif montagneux couronné de grands plateaux ». Le djebel Tessala, à 1061 mètres d’altitude est coiffé, selon les saisons, soit d’un capuchon de nuages annonçant la pluie, soit d’un manteau de neige d’une dizaine de centimètres d’épaisseur, pendant quelques journées en hiver. Il domine les horizons plats de la large vallée de la Mékerra, riche en alluvions, ses affluents latéraux, des cuvettes, puis des terrasses alluviales alternant avec des coteaux pierreux.

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Le climat continental, sain et particulièrement sec, est caractérisé par un total pluviométrique de 368mm réparti sur une soixantaine de jours par an, d’octobre à fin novembre puis de février à fin mars. C’est le minimum exigé pour la culture rentable des céréales. Des orages d’été, assez violents, corrigent la sécheresse semi-steppique de cette saison. Parfois ils entraînent des inondations dans les parties basses du terroir, notamment le 2 juillet. On n’enregistre des chutes de neige que trois ou quatre jours par an, mais elles sont peu abondantes et vite fondues.

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L’hydrographie est représentée par la Mékerra, née à Ras El Mâ « La tête de l’eau », au pied des Monts de Daya (Bossuet). Elle a un débit annuel moyen d’environ 40 millions de mètres cubes, un maximum de 150 millions en 1928. A Sidi-Bel-Abbès, le régime est troublé par de petites crues, en relation avec des orages locaux, en avril-mai et des crues importantes d’hiver, en rapport avec des chutes de pluies violentes et prolongées. De basses eaux d’été correspondent avec la sécheresse saisonnière.

Le modeste débit moyen de l’Oued justifie le nom de Mékerra « endroit d’eau où on abreuve les troupeaux ». Il conserve cette réputation avec son nom, en aval des Trembles, Oued Mebtouh « humide, mouillé », avant de s’appeler plus loin : Oued Sig.

De fait, à sa sortie de Sidi-Bel-Abbès, la Mékerra se perd, par intervalles, laissant apparaître des sections desséchées de son lit, puis elle est alimentée par des résurgences et surtout par l’appoint de l’Oued Sarno.

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A l’origine, cette plaine était le domaine végétal des jujubiers sauvages, des palmiers nains et des « trembles » ou peupliers, d’où le nom du village européen.

Ce n’était qu’une vaste étendue lacustre qui a été vidée par la suite grâce à la Mékerra. Pendant longtemps la plaine fut infestée de bêtes sauvages : chacals, renards, hyènes, sangliers, chèvres sauvages, panthères et même lions que l’on rencontrait encore au sud de Bel-Abbès vers 1850.

De temps immémorial, cette plaine a été peuplée par des Berbères nomades qui se sont mis à la culture vers le IIIe siècle avant J.C. Dès le IIe siècle avant notre ère, les Romains se sont établis dans la région. Pour assurer leur sécurité contre les envahisseurs nomades du sud, ils ont construit notamment un fort sur le Djebel Tessala, avec murs d’enceinte, fossés, tours de flanquement et citernes pour l’alimentation en eau. La défense a été assurée un moment par les cavaliers de la 4e Aile Auguste Antonine, recrutés parmi les Parthes de Perse (Ivan) comme l’attestent des inscriptions latines.

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Au XIIe siècle de notre ère, la partie sud-est du Tessala, le Draa Akberka « La chaise noire », est occupée par la tribu pastorale des Médiouna qui captent les eaux de sources, irriguent par dérivation et s’emparent de la « Plaine de la Farine », où s’élève aujourd’hui le village de Bonnier.

Au XIVe siècle la tribu arabe des Beni Ameur, issue des Beni Hillal originaires d’Arabie, est refoulée par les gens de Tlemcen qui installent des Armanas et des Sidi Brahim dans la plaine de Mékerra.

Vers 1708 ces Beni Ameur se soumettent aux Turcs. De 1732 à 1792, les Espagnols d’Oran échouent dans plusieurs tentatives contre la plaine.

Au XVIIIe siècle, le voyageur Anglais Shaw affirme que cette partie de la région est « en bons terrains ».

En 1832, on ne trouve encore que la Koubba solitaire du Marabout Sidi-Bel-Abbès et, d’après la carte du Général Pelet de 1838, la région septentrionale est peuplée par les Ouled Sidi Brahim (nom ancien du village de Prudom).

En 1839, la confédération des Beni Ameur occupe le Tessala et déborde sur les vallées des Oued Sarno et Mékerra. Le Maréchal Clauzel les oblige à émigrer au Maroc. A cette époque les Hadjez, éleveurs nomades s’établissent sur 2200 hectares au pied du Tessala oriental, notamment autour du Marabout de Sidi Hamadouche.

En 1840, le Marabout de Sidi-Bel-Abbès est un gîte d’étape obligatoire sur la route d’Oran à Bossuet. En 1842 le Maréchal Clauzel dirige une expédition contre les Beni Amer revenus du Maroc. En 1845, le 3e Bataillon du 1er Régiment Etranger installé près du Marabout, une enceinte avec magasins de vivres et redoute. La même année le Colonel Bedeau érige, en ce point, un petit village groupant une dizaine de maisons. En 1849, le Capitaine du Génie Prudon élabore un projet d’installation de villages agricoles, destinés à recevoir chacun 100 familles de colons, pour une dépense de 230 000 francs or, avec maisons de deux pièces en rez-de-chaussée, grande cour et clôture En 1850, le village des Trembles est créé près du Marabout de Sidi Hamadouche ; c’est le plus ancien des centres de la plaine avec Boukhanéfis et Sidi Khaled (Palissy). En 1853, le village créé pour 60 familles est doté de 1200 hectares cultivables. En 1856, d’après un rapport du service de la colonisation, la partie septentrionale de la plaine est remise à l’administration civile, notamment les Trembles. En 1863, sur ce gîte d’étape de 1850, est créé le village actuel.

* Le village des Trembles est bâti sur une terrasse élevée au-dessus de la Mékerra et par conséquent à l’abri des crues qui peuvent inonder les jardins Les colons se mettent rapidement au défrichage et à la culture des céréales qui assurent la base de leur alimentation quotidienne. Ils ne tardent pas à adopter la variété de blé sélectionnée dite Tuzelle de Bel-Abbès, bien adaptée au climat local. Ils pratiquent les labours préparatoires permettant des rendements en terrains secs. En 1872, 813 habitants sont agglomérés dans le village dont 258 Français et 343 Espagnols. En 1874, le village est assez prospère pour être promu commune de plein exercice sur des terrains prélevés sur la commune mixte de Mékerra. Elle regroupe alors 1100 habitants logés dans des maisons et des gourbis. 1200 hectares sont défrichés et on élève un millier d’animaux. Le village dispose d’un pont et d’un moulin établis sur la Mékerra. En 1876, la commune compte 423 habitants agglomérés au village. Il y a une école. La valeur vénale des terres est de 350 francs-or l’hectare. Une gare est ouverte sur la nouvelle voie ferrée Oran-Sidi-Bel-Abbès. En 1881, l’agglomération des Trembles compte 2000 habitants dont 1087 européens et 913 musulmans occupant 35 maisons et 20 gourbis. En 1924, l’agriculture est en plein essor aux Trembles, les jardins irrigables de vallée produisent : pommes de terre, luzerne, oliviers, légumes potagers, prairies artificielles. La vigne plantée sur fils de fer est la culture qui réussit sur les sols secs ; la croûte superficielle ayant été préalablement défoncée. Les fermes européennes sont pourvues de cave, hangar, maisons d’habitations, écurie pour le logement des bêtes de travail. En 1940, la moitié des européens est d’origine espagnole. Depuis 1930-1942, il existe une coopérative de travaux agricoles qui permet l’utilisation d’un matériel moderne et coûteux. Depuis 1946, une société de matériel agricole aide 11 sociétaires possédant 694 hectares. A cette date, le territoire des Trembles sur 13261 hectares est cultivé : 8600 hectares en céréales, 941 en vignes, 20 en cultures maraîchères. On y élève 3000 moutons. Le vignoble de plaine s’étend sur les Trembles, Zélifa et Prudon.

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En 1948, la commune des Trembles groupe, pour le village, les fermes et le hameau du barrage de l’Oued Sarno : 671 habitants dans le centre, 649 pour les autres, soit 1320 habitants. Les douars, communes annexes comptent respectivement celui d’Oued Mebtouh à l’Est : 962 habitants sur 4598 hectares, de Zelifa au Nord : 560 habitants sur 1167 hectares, Aïn Oumata et Sidi Ghalem : 563 habitants sur 1543 hectares. Au total il s’agit de 4424 habitants dont 537 français d’origine et naturalisés, 172 d’origine espagnole, plus 3649 musulmans indigènes, 166 marocains soit 3815 musulmans.

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En 1954, lors du dernier recensement officiel français, la commune des Trembles compte 694 habitants, agglomérés au centre, et 3267 épars dont 567 français ou naturalisés, 95 espagnols, 3089 musulmans indigènes et 210 marocains, soit au total 3965 habitants. Ainsi de 1872 à 1954, la population est passée de 813 à 3965 habitants, elle a presque quintuplée, grâce à la « Paix française ». Parmi eux, les français représentent 30% de la population mais 14 % seulement en 1954, les européens : 75 % en 1872, 13 % en 1954. Par contre, grâce à leur forte natalité et à l’arrivée de musulmans d’Algérie et du Maroc, leur nombre est passé de 26 % à 81 % en 1954.

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En 1962, année tragique, la coquette et verdoyante commune des Trembles est un des principaux fleurons des vingt communes européennes de la plaine de Sidi-Bel-Abbès. Presque désert en 1840, ce lieu est prospère grâce à l’activité et à la technique agricole de ses habitants européens On compte alors dans la commune et le hameau de Zélifa une quinzaine de principaux agriculteurs européens dont sept dans le hameau de Zélifa. Une dizaine d’entre eux sont des français d’origine et quatre portent des noms patronymiques espagnols et trois principaux viticulteurs-agriculteurs français. Il s’agit notamment dans la commune des Collet, Dubreuil, Espinosa, Fuerte, Maigre, Martin, Morin, Parmentier, Ramon, Schweitzer et Melle Tiedey, dans le hameau des Chapuis, Monnier, Galbès, Millier, Pelletier, Sallèles et Sibioude. Là, vivent également : une dizaine d’artisans agricoles, 4 meuniers, 2 charrons (Sénac et Farenc), un bourrelier (Lopez), 8 commerçants d’alimentation (Lopez, Benkemoun, Albérola, Trompette …) dont 6 épiciers, un entrepreneur de travaux publics, une association mutuelle agricole, un service d’hydraulique et d’équipements, des écoles communales et un curé. Le centre est desservi par la voie ferrée d’Oran à Oujda et par des services réguliers de cars en liaison avec Oran, Sidi-Bel-Abbès, Saïda et Arzew.

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Certes il était « beau notre village », européens et musulmans unis dans le calme et le labeur quotidien. Hélas ! au hasard d’un vote, à la suite des erreurs d’une politique métropolitaine mal informée, les européens ont dû quitter, la mort dans l’âme, ce coin de France qu’ils avaient vivifié par leur travail et leurs peines, alors qu’il y faisait si bon vivre. Ils ont laissé leur cimetière où dorment les pionniers de cette réussite de la colonisation française. Ce fut un crime contre le travail humain, contre le patrimoine de la nation, contre l’intérêt bien compris des populations musulmanes, ce fut un non-sens politique et une injure faite à tous : colons, fellahs et fonctionnaires.

Robert TINTHOIN, Docteur es-lettres Ex-Directeur des Archives d’Oranie (Tous droits réservés de reproduction, traduction et adaptation).


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